Visages d’artistes : De Gustave Courbet à Annette Messager
Le Petit Palais présente une exposition inédite consacrée au portrait et à l’autoportrait d’artiste, un thème central de ses collections et un axe majeur de sa politique d’acquisition depuis sa création au début du XXe siècle. Le parcours réunit environ cent oeuvres – peintures, sculptures, arts graphiques, arts décoratifs et photographies – mêlant des oeuvres phares des collections comme l’Autoportrait au chien noir de Gustave Courbet et d’autres méconnues, sorties des réserves spécialement pour l’occasion, comme l’importante galerie de bustes des peintres impressionnistes sculptés par Paul Paulin.
Au sein de l’exposition et jusque dans les collections permanentes du musée, les oeuvres de Giulia Andreani, Sophie Calle, Nina Childress, Hélène Delprat, Nan Goldin, Camille Henrot, Nathanaëlle Herbelin, Annette Messager, Françoise Pétrovitch, Anne et Patrick Poirier, Cindy Sherman, Apolonia Sokol et Claire Tabouret sont présentées en regard des collections historiques. Leurs oeuvres convoquent un regard contemporain, celui du portrait d’artiste au féminin. Elles interrogent l’héritage du portrait d’artiste, ses codes et ses usages, tout en proposant une réinterprétation de ses enjeux. Par ce face à face, un passé résolument masculin dialogue avec le monde d’aujourd’hui où l’artiste femme a désormais pleinement sa place.
Cette exposition inaugure par ailleurs une année dédiée aux femmes artistes qui se poursuivra à l’automne avec la première monographie consacrée à la peintre impressionniste Eva Gonzalès et une carte blanche confiée à Prune Nourry.
L’exposition adopte une perspective narrative qui part de l’individu pour tendre vers le collectif, en proposant un parcours thématique en 4 temps suivant le fil de l’autoportrait jusqu’aux fraternités et aux hommages des pairs. Elle explore également les inventions, singularités et métamorphoses du portrait à travers des regroupements thématiques éclairants, ponctués de mises en contexte historiques et d’éclairages sur l’histoire des collections du Petit Palais.
Le parcours s’ouvre sur une première section dédiée à l’autoportrait, quintessence du portrait d’artiste, particulièrement bien représenté dans les collections du Petit Palais. Une galerie de visages, spectaculaire, accueille le visiteur dans la rotonde d’introduction. L’absence de commanditaire et l’introspection du modèle offrent aux créateurs un espace de liberté et d’expérimentation. En lien direct avec le spectateur, l’artiste affirme son style et expose sa personnalité, y compris au travers de portraits métaphoriques ou métonymiques. On y découvre les autoportraits de Gustave Courbet, Pierre Puvis de Chavannes, Léon Bonnat, Jacques-Émile Blanche, entre autres ou encore les étonnants masques en grès de Jean-Joseph Carriès. L’oeuvre Autoportrait clown / fleur de Nina Childress et la sculpture hyperréaliste d’Hélène Delprat introduisent un effet de surprise tout en réinterrogeant la tradition du genre aujourd’hui.
La seconde section explore les portraits collectifs, les liens professionnels et amicaux et l’émergence d’associations d’artistes comme le grand format Le Panorama du siècle d’Henri Gervex (1889), ou la galerie de bustes de Paul Paulin regroupant Edgar Degas, Auguste Renoir, Claude Monet et Camille Pissarro. Les portraits entre artistes et les portraits familiaux illustrent l’intimité et les liens personnels. En regard, les oeuvres d’Annette Messager et de Nathanaëlle Herbelin renouvellent l’imaginaire du portrait d’artiste en s’appuyant sur leurs expériences intimes.
Le visiteur découvre ensuite l’espace de l’atelier qui oscille entre lieu de création, de réception et de sociabilité. L’artiste y est photographié ou peint au milieu de ses oeuvres et de son décor personnel. Un mur de photographies illustre la fascination pour ce lieu. Les oeuvres de Giulia Andreani et de Sophie Calle offrent en contrepoint une lecture contemporaine du sujet entre histoire familiale et atelier nomade.
La fin du parcours explore le dialogue entre artistes et maîtres historiques comme Rembrandt, Léonard de Vinci, Van Dyck, hommages ou parodies. Elle interroge également les caricatures et l’humour dans le portrait. Cindy Sherman, Nan Goldin et Claire Tabouret dialoguent avec ces figures tutélaires par le travestissement, la caricature ou la réinterprétation mythologique.
Le visiteur est invité à prolonger sa visite dans les collections permanentes du musée. L’impressionnant Janus d’Anne et Patrick Poirier l’accueille à l’entrée de la galerie des sculptures, les oeuvres d’Apolonia Sokol et Françoise Pétrovitch, spécifiquement créées pour l’exposition dialoguent avec les oeuvres historiques du musée. Le parcours s’achève par la (re)découverte de la coupole de Maurice Denis (1925), offrant un panorama saisissant de toute l’histoire de l’art français du Moyen Âge jusqu’au début du XXe
siècle ponctué de portraits de nombreux portraits d’artistes de Nicolas Poussin à Maurice Denis lui-même.
Un programme de conférences et de rencontres avec les artistes femmes exposées permettra d’approfondir la thématique.